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80ème anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940

 

La Fondation René Cassin – Institut international des droits de l’homme tient à s’associer aux hommages franco-britanniques marquant le 80ème anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940. René Cassin a été un des premiers compagnons du Général de Gaulle et une grande figure de la France libre.

Ce professeur de droit, grand blessé de guerre et ancien représentant de la France à la Société des Nations, avait dépassé la cinquantaine, quand il décida de rejoindre Londres pour « apporter son concours au Général de Gaulle dans le combat pour la liberté ». Face à la barbarie nazie, ce combat patriotique d’inscrivait d’emblée pour lui « dans un ensemble de luttes beaucoup plus vastes et permanentes pour la liberté des peuples et les droits fondamentaux de l’homme ».

C’est assez dire que l’engagement du Compagnon de la Libération que fut René Cassin est inséparable de son action d’après-guerre qui fit de lui un grand Vice-Président du Conseil d’Etat, tout en étant au sein de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies un des principaux rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme avant de devenir président de la Cour européenne des droits de l’homme. C’est dans cet esprit qu’après avoir reçu le prix Nobel de la paix en 1968, il décida de créer à Strasbourg, l’Institut international des droits de l’homme « au service de la communauté internationale tout entière ».  

La Fondation est fière de faire vivre cet héritage moral qu’elle a la responsabilité de transmettre aux nouvelles générations, dans l’esprit d’universalisme qui a animé toute l’œuvre de René Cassin. Face aux incertitudes du XXI° siècle, le message de Cassin associant esprit de résistance et combat pour la liberté est plus vivant que jamais. Il oblige tous les membres de la Fondation.

Le témoignage de première main, publié par René Cassin sous le titre Les Hommes partis de rien, le réveil de la France abattu (1940-1941) mérite d’être rappelé. Si l’ouvrage a été publié chez Plon en 1974, au soir de sa vie, il est fondé sur le journal personnel qu’il tenait dans ces « mois d’angoisse sourde ».  Sa description du naufrage de la III° République, de Paris à Bordeaux, est saisissante. Un titre de chapitre en donne tout le sens : « Face au désastre : résister ».

Cassin n’avait pas entendu l’Appel du 18 juin, mais dès le lendemain il en avait eu l’écho et avait décidé de poursuivre la lutte, au moment où l’armistice entrait en vigueur. Embarqué à Saint-Jean-de-Luz le 24 juin au soir, sur un cargo de fortune, l’Ettrick, avec les premiers volontaires français perdus au milieu des troupes polonaises, il aborde les côtes anglaises le 26 juin où le nom d’Anthony Eden lui sert de sésame pour faciliter les contrôles de sécurité.

Dès le 29 juin, il est reçu par le Général de Gaulle à Stephens House, immédiatement frappé par « la haute taille et la dignité d’attitude de celui à qui je fus présenté. Mais ce qui me surprit le plus heureusement, ce fut la jeunesse, l’incarnat et l’arrondi du visage du Général, l’impression d’énergie confiante et même d’animation qui se dégageait ce matin-là de toute sa personne. Or j’eus très vite l’impression que, malgré ma maigreur et mon visage dévoré par la barbe, le Général avait discerné du premier coup dans mes yeux qu’il avait affaire à un homme l’ayant totalement compris ».

La scène emblématique a frappé les esprits, dans sa grandiose solitude. A peine René Cassin a-t-il le temps de se présenter, comme professeur de droit « invalide de régiment d’infanterie », offrant son concours - même si l’Appel s’adressait d’abord aux militaires - que de Gaulle l’accueille par un simple « vous tombez à pic » et le charge de négocier le premier accord franco-britannique établissant le statut de la France combattante. Avant de se mettre au travail, le juriste transformé en diplomate demande une précision : nous ne sommes pas une « légion française dans l’armée britannique », mais des « alliés reconstituant l’armée française et visant à maintenir l’unité française » ?  A quoi de Gaulle se borne à répondre « Nous sommes la France ». René Cassin adhère immédiatement à cette vision, évoquant sa « communion morale » même si ce jour-là, ils étaient bien des Hommes partis de rien, alors que tout semblait perdu sauf l’honneur.   

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