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Discours de clôture

 

Retrouvez le discours de clôture de Sébastien Touzé, Directeur de la Fondation René Cassin, lors de la cérémonie de clôture de la 48ème session annuelle d'enseignement.

"Chers participants,

 

Nous voici réunis dans ce magnifique hémicycle de la Région Grand Est pour clôturer cette 48ème session d’enseignement de la Fondation René Cassin.

Avant d’entamer mon propos, je souhaiterais remercier très chaleureusement Jens Modvig pour cette formidable conférence. Je sais que son emploi du temps est particulièrement chargé, nous entamons en effet lundi prochain notre 61ème session du Comité contre la Torture des Nations Unies pour trois semaines, et je suis très sensible à sa présence aujourd’hui ici à Strasbourg. C’est un privilège de te recevoir Jens et un vrai plaisir de revoir un ami, hors des murs du Palais Wilson à Genève que nous retrouverons dans deux jours.

Il est pour habitude que le directeur prononce quelques mots pour établir un bilan de ces trois semaines et mette ainsi en lumière les aspects positifs et les aspects qui le seraient moins.

Il est toujours délicat de le faire sans avoir pu suivre tous les enseignements et en ayant vécu la session uniquement dans ses aspects organisationnels. Toutefois, de ce que j’ai pu percevoir il est manifeste que j’aurais néanmoins plusieurs choses à relever.

La première est négative malheureusement. Vous étiez plus de 260 à avoir confirmé votre venue à Strasbourg pour participer à cette belle session sur un sujet aussi essentiel que la santé. Vous n’avez été finalement que 159 présents ici à Strasbourg. La différence est de taille et engendre pour nous des difficultés importantes qui vont malheureusement impliquer des ajustements administratifs pour l’avenir.

Nous avons tenté d’obtenir des personnes absentes des explications. Pour la plupart, celles-ci ne sont pas justifiées et même s’il ne nous appartient pas de porter de jugement sur les raisons qui ont été données, je déplore ce comportement et je ne l’admettrai plus. Je ne parviens pas à comprendre une attitude qui consiste à mobiliser des moyens importants et qui in fine se traduit par une désinvolture la plus totale. Participer à la session d’enseignement est pour beaucoup d’entre vous un privilège et une opportunité unique d'aborder des questions essentielles dans la protection des droits de l’homme. L’on parle souvent de l’idée selon laquelle derrière chaque droit il existe un devoir, je pense ici, sans aller jusqu’à opérer une analogie complète, que ces devoirs existent également lorsque chacun fait le choix de se tourner vers la Fondation René Cassin pour participer à ses activités de formation. La Fondation n’est pas un simple prestataire de services.

Lors de mon allocution d’ouverture, j’ai insisté sur nos missions qui vont bien au-delà de l’enseignement par les valeurs que l’existence de la Fondation véhicule.

Autrement dit, lorsque l’on se tourne vers la Fondation, ce n’est pas par opportunité mais par convictions et lorsque ces dernières se transforment en nonchalance qui frise l’irrespect, je suis enclin à laisser ces personnes sur un chemin bien éloigné de celui que nous suivons quotidiennement.

C’est ainsi que les procédures d’inscriptions vont être modifiées à compter de septembre prochain afin de mettre un terme à ces comportements que je réprouve vivement.

Mais laissons derrière nous cet aspect négatif qui, très heureusement, ne vous concerne qu’indirectement, la preuve, vous êtes ici, pour mettre en lumière ce qui a été révélé de manière positive durant ces trois semaines.

J’ai, sur ce point, plusieurs satisfactions que je souhaite partager avec vous.

La première est liée au travail qui a été fourni par toute l’équipe de la Fondation René Cassin. Sans vous révéler l’envers du décor, je tiens néanmoins à saluer l’investissement complet de tous les membres de l’équipe pour que cette session se tienne dans les meilleures conditions pour vous comme pour tous les enseignants que vous avez pu rencontrer.

Je n’ai jamais accordé beaucoup d’importance aux récompenses personnelles. On ne devient pas combattant de la liberté et des droits de l’homme en espérant remporter des récompenses…  Ce qui compte, ce ne sont pas les individus mais le collectif !

Je souhaite ainsi rendre hommage au travail titanesque que fournit chaque jour cette belle équipe. Même si elles n’aiment pas être mises en avant, je pense que nous pouvons les applaudir.

La deuxième satisfaction que je souhaite relever est simple : c’est vous, chers participants.

Lorsque je procède à la sélection des différentes candidatures (plus de 500 chaque année), j’accorde une attention particulière aux motivations exprimées et au cursus de chacun. Je dois vous avouer que, sur le papier, il est toujours délicat, sauf exception, de trouver parmi tous ces dossiers les éléments indiscutables permettant d’obtenir une promotion qui, bien qu’hétérogène, sera à même d’alimenter les discussions, les débats et les réflexions durant les cours.

Or, cette année, j’ai eu le grand plaisir de constater que cette promotion a été un cru exceptionnel.

Je ne compte pas les retours positifs des enseignants qui sont venus spontanément me dire qu’ils avaient eu face à eux des personnes d’un niveau excellent et d’une implication rarement observée.

Ils m’ont avoué avoir été interpellés par vos discussions – certains ont même reconnu avoir été malmenés intellectuellement (et c’est très bien ! en tant qu’universitaire je trouve que c’est salvateur) par des débats qu’ils n’avaient pas anticipés et qui ont permis d’avoir de réelles discussions de fond. Bref, lorsque je vous demandais, au premier jour, de faire vivre cette session, je ne pensais pas que ce serait, à la fin, un engagement aussi fort de votre part. Je vous félicite et je vous remercie. Vous avez donné corps et esprit à cette 48ème session et c’est une réelle satisfaction pour moi. Je tiens à vous exprimer toute notre reconnaissance.

La troisième raison qui fait de moi un directeur satisfait tient à la thématique que nous avons traitée cette année.

J’ai pu constater que la richesse des cours thématiques que j’ai voulu ouverts à d’autres disciplines que le droit, a été au rendez-vous, bien au-delà de mes espérances.

J’avoue humblement que la définition du programme n’a pas été aisée tant les sujets en lien avec la santé sont pluriels et complexes mais j’ai compris assez rapidement, en échangeant avec vous et mes collègues enseignants, que le programme établi permettait de couvrir de manière transversale la plupart des problématiques.

Bien entendu, certaines n’ont pu être couvertes. Je pense en particulier à la question des personnes âgées, à celle de la santé dans le cadre des conflits armés… mais je crois que ce fut néanmoins une belle réflexion générale qui s’est d’ailleurs traduite à travers la conférence publique donnée par le Docteur Raphaël Pitti.

J’ai été touché, et je pense que vous aussi, par l’expérience de cette personne incroyable et par le jugement sans concession qu’il a pu imposer sur le conflit syrien. Ce fut un des temps forts de ces trois semaines et je souhaite ici me servir de celui-ci pour envisager l’avenir. Un avenir, en particulier, pour 2018.

En effet, en la personne du Dr Pitti nous avions face à nous ce que je qualifie de vrai défenseur des droits de l’homme.

Une personne qui va au-delà de la seule posture.

Une personne qui va bien plus loin que le seul dogme au profit de la chose la plus essentielle, à savoir l’humain.

Une personne qui risque sa vie pour apporter ce qu’il a de meilleur en lui à ceux qui en ont le plus besoin.

Bref, un « droit de l’hommiste » de l’action et non un « droit de l’hommiste » de la parole.

Ces personnes d’exception sont nombreuses heureusement mais trop rarement mises en lumière. Ce sont des hommes, des femmes qui, chaque jour, dans l’ombre apportent, par leur action, ce que l’être humain peut avoir de meilleur.

Pour faire le lien avec le sujet qui nous a occupé cette année, elles tentent, souvent au risque de leur vie, d’apporter « ce bien-être moral et physique » à des millions de personnes dont le quotidien est frappé par les pires injustices, par les pires cruautés et, chose importante, par le désintérêt d’une communauté internationale focalisée sur la défense des intérêts d’une minorité à travers un discours politique bienveillant en façade, mais répugnant sur le fond.

Comment admettre ainsi le désintérêt le plus total de la communauté internationale et des médias face au décès, le 13 juillet dernier, du Prix Nobel de la Paix 2010, Liu Xiaobo ?

Comment comprendre qu’une personne aussi exceptionnelle ait pu passer de la lumière à l’ombre et décède dans une ignorance aussi inacceptable que lamentable ?

Est-ce que son action tout au long de sa vie ne justifiait pas une mobilisation sans condition ?

Cette situation insupportable me rappelle la formule de Martin Luther King : « A la fin nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis ! ».

Ce silence observé lors de l’agonie de Liu Xiaobo est le révélateur de l’hypocrisie du politique et du médiatique et je vous invite tous à le rejeter avec la plus grande force.

Cette indifférence honteuse me révulse et me conduit aujourd’hui à vouloir offrir aux personnes qui, comme Liu Xiaobo, ont consacré leur vie à la défense des droits de l’homme, une tribune à la hauteur de leur rôle.

Le thème de la session d’été 2018 sera ainsi dédié à tous ces anonymes qui offrent le plus beau visage de l’humanité et qui sacrifient leur vie pour défendre la valeur de l’être humain. Je veux bien entendu parler des Défenseurs des droits de l’homme.

Ces personnes qui, dans le monde entier, œuvrent pour que la Déclaration universelle ne reste pas lettre morte et devienne bien réalité.

Ces hommes et ces femmes sont amenés à prendre des risques ; souvent ce sont aussi leurs familles qui sont mises en danger.

Trop de militants, de par le monde, sont la cible d’abus, d’intimidation, de diffamation, de menaces de morts.

Ils sont battus, torturés, enlevés, mutilés, parfois exécutés.

Trop de militants sont victimes de fausses accusations, d’arrestations arbitraires, de jugements inéquitables et d’emprisonnements injustifiés.

Leur liberté de mouvement, d’opinion et d’expression ainsi que leur liberté de rassemblement et d’association sont souvent sérieusement mises à mal.

Les militants qui s’élèvent contre la discrimination courent en outre des risques particuliers parce qu’ils défendent les plus vulnérables dans nos sociétés.

En dépit de ces difficultés, les défenseurs des droits de l’homme font un travail remarquable, ils sont les gardes fous nécessaires face à l’impunité et je souhaite que la Fondation René Cassin leur offre un hommage appuyé à l’occasion de la 49ème Session d’Eté.

En cette année anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, plusieurs actions de la Fondation seront ainsi focalisées sur ces personnes, sur leurs actions et sur leur contribution essentielles pour donner corps aux valeurs que notre Fondateur a lui-même défendues et imposées dans le cadre de ce beau projet de création de l’Institut international des droits de l’homme.

Ce thème nous conduira donc à revoir pour partie l’esprit de cette session. En ce sens, et sans remettre en cause le programme des cours fondamentaux, je souhaiterais que ces trois semaines de cours puissent être l’occasion de mettre en lumière ces personnes et de leur donner la parole, de leur offrir une des plus belles tribunes en permettant à ceux-ci de venir à la rencontre de nos participants.

Certains défenseurs des droits de l’homme sont célèbres mais la plupart ne le sont pas.

Ils agissent dans toutes les parties du monde, seuls ou en groupes, sont de tous âges, d’origines diverses et exercent toutes sortes d’occupations, restent anonymes et agissent souvent en courant des risques sérieux pour eux-mêmes et pour leurs familles.

Beaucoup d’entre eux sont des personnes hautement qualifiées comme des avocats, journalistes, médecins, architectes ou enseignants.

Beaucoup d’autres n’ont que peu d’instruction, mais tous ont en commun cette conviction fondamentale que les droits de l’homme doivent être protégés et soutenus.

Je souhaite ainsi donner la parole à tous ceux qui ont la volonté de protéger les plus vulnérables et de faire disparaître l’impunité.

Je veux ainsi réunir ici à Strasbourg en juillet 2018, ces personnes qui se dressent au nom de la liberté et de la dignité de l’homme et qui donnent corps à l’article 1er de la Déclaration sur les défenseurs des droits humains :

« Chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international. »

Ce droit, je l’envisage comme le devoir de chacun, un droit essentiel que chacun doit avoir à l’esprit afin de donner une raison concrète à la proclamation des droits et des libertés.

Il sera ainsi question, bien entendu des actions quotidiennes de ces défenseurs, mais aussi de réfléchir sur les limites de celles-ci notamment, dans des contextes politiques ou géographiques et dans le cadre de causes complexes.

Comme le rappelait le Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits :

« Leur situation dans le monde suscite de graves préoccupations. Les menaces auxquels font face les défenseurs sont multiformes (physiques, psychologiques, économiques et sociales), et peuvent dépendre de l’interaction de facteurs multiples, dont la mauvaise gouvernance, l’absence d’état de droit, la montée de l’intolérance et du fondamentalisme politique ou religieux, par action ou par omission, à la commission de violations des droits des défenseurs. La situation est encore aggravée par une augmentation du nombre de lois et de réglementations répressives visant à délégitimer et à incriminer les activités des défenseurs des droits de l’homme, notamment en limitant leur financement ou en entravant leurs activités par de lourdes exigences bureaucratiques. Un certain nombre de politiques de lutte contre le terrorisme et de sécurité mises en place par les Etats ont posé de nouveaux problèmes aux défenseurs des droits, notamment les nouvelles restrictions imposées à leurs libertés individuelles et à l’augmentation des risques auxquels ils sont exposés. »

Ainsi, exposés à des risques spécifiques, les défenseurs des droits de l'homme sont souvent la cible de graves abus en raison de l’action qu’ils mènent en faveur des droits de l’homme.

Assassinats, menaces de mort, kidnapping, actes de torture, arrestations et détentions arbitraires, inculpations pénales ou autres débouchant sur des poursuites et une condamnation, actes de harcèlement, campagnes de diffamation par voie de presse ou judiciaire, adoption de lois limitant l’exercice légitime de la liberté d’opinion et d’expression, de la liberté religieuse et de la liberté d’association et de mouvement, bureaux et domiciles cambriolés, attaqués et perquisitionnés sans autorisation, fermeture des locaux et gel des comptes bancaires, limitation ou interdiction de l’accès à internet et/ou au courrier électronique international, impunité des auteurs des actes mentionnés ci-dessus. Toutes ces violations sont malheureusement leur quotidien, un quotidien invivable et contre lequel chacun de nous doit s’élever.

Par conséquent, ces hommes et femmes d’exception ont besoin d’une protection spécifique et renforcée aux niveaux local, national et international.

Certains groupes de défenseurs des droits de l’homme courent un risque particulièrement élevé en raison de la nature de leur travail, des questions sur lesquelles ils interviennent, du contexte dans lequel ils opèrent, de leur situation géographique ou de leur appartenance ou leur association à un groupe particulier.

Au-delà, cette session sera aussi l’occasion d’offrir aux institutions, publiques ou privées, nationales ou internationales, la possibilité de venir présenter et défendre leur action quotidienne pour promouvoir, défendre et faire respecter les droits les plus essentiels de la personne humaine. Il s’agira ainsi de se focaliser sur les organisations non gouvernementales mais aussi sur les institutions nationales de prévention et de défense des droits de l’homme.

Plus encore, cela nous donnera également l’occasion de réfléchir sur le rôle des comités et des experts onusiens dans cette perspective de défense des droits de la personne humaine. Quel rôle jouent-ils et quelle action concrète ont-ils pour offrir une voie institutionnelle dans la défense des valeurs les plus essentielles ?

Enfin, je pense que place doit être faite aux lanceurs d’alerte et de poser une réflexion objective sur leur rôle, souvent contesté, dans la promotion des droits et des libertés. Comment négliger en effet le rôle que ceux-ci jouent au quotidien pour mettre un terme à des pratiques occultes qui sont un affront pour le respect de la dignité et des droits les plus élémentaires.

Vous en conviendrez au regard de ce bref exposé, la session 2018 sera particulièrement dense et j’ose espérer que vous aurez la volonté et la motivation pour revenir à cette occasion. Je vous y invite solennellement.

D’ici là, je vous rappelle que vous avez également la possibilité de participer à toutes nos activités délocalisées qui ont connu, depuis 5 ans, un essor continu et un succès manifeste.

A partir de septembre prochain, la Fondation sera ainsi présente au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en Géorgie, en Afrique du Sud, en Haïti, en Tunisie, au Mali, au Cameroun, au Pérou, en Argentine, au Liban sans oublier toutes les actions menées ici, à Strasbourg, comme le Concours européen des droits de l’homme (le Concours René Cassin) ou la formation intensive sur le droit des réfugiés que nous organisons avec le HCR. En tant que participants à notre session de cette année, vous avez tous un droit d’accès à ces différentes formations… je vous livre cette information comme un rappel totalement désintéressé !

Avant de conclure, il me revient le privilège d’annoncer les résultats du diplôme. Cette année encore, le niveau a été particulièrement élevé et je tiens à féliciter toutes celles et tous ceux qui ont eu le courage de se lancer dans cette aventure et, surtout, ceux qui sont arrivés à son terme en décrochant le diplôme de la Fondation René Cassin.

J’ai ainsi le plaisir d’annoncer que Zoe Harper, Patrick BADUGUE et Antigoni Maria SPYROPOULOU  se sont vus décerner le diplôme."

 

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