photo groupe
Session 2019

Maria Josefina G. San Juan – Torres

 

De par mon statut de juge à la Cour, j’ai été conduite, involontairement au départ, à m’intéresser à la défense des droits humains. Je me suis trouvée face à de nombreux cas difficiles impliquant des enfants. J’ai alors réalisé qu’il était temps pour moi de m’orienter vers cette branche du droit qui correspondait à mes convictions personnelles. Je me suis donc rendue à Strasbourg en tant qu’étudiante, à nouveau.

 

Strasbourg avait déjà été une étape importante dans ma carrière. En effet, il y a dix-sept ans, j’avais eu l’occasion de participer à la session annuelle de l’Institut, fondé par le réputé défenseur des droits humains - René Cassin. Cette arrivée à Strasbourg a donc été pour moi un moment de nostalgie mêlé d’une certaine appréhension de savoir à quel point la ville de Strasbourg avait pu changer mais également à quel point j’avais pu, moi-même, changer. J’avais ainsi participé, en tant qu’étudiante, à la session de 1994 où j’avais obtenu le diplôme de l’IIDH puis en tant qu’intervenante en 1998.

 

Ce qui m’a particulièrement marqué a été le climat chaud et sec qui m’a accueilli. Venant d’un pays au climat tropical, je n’étais pas préparée à cela. C’était un été particulièrement chaud, ce que je ne peux qu’attribuer aux effets du réchauffement climatique mais ce n’est pas le sujet qui nous intéresse ici. En réalité, j’étais ravie d’être de nouveau étudiante à Strasbourg. Le thème de cette 46ème session annuelle d’enseignement traitait, en effet, d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur : les droits des enfants.

 

Les premiers jours ont été consacrés à la procédure habituelle d’inscription et à renouer les liens avec le personnel de l’Institut qui m’a aidé et avec lequel j’avais travaillé durant les sessions des années 1990. J’ai également pu retrouver certains de mes anciens professeurs qui réalisent leurs engagements et leurs plaidoyers en faveur des droits de l’homme en enseignant à la session annuelle d’enseignement de l’Institut. Ces moments ont été, pour moi, stimulants et enrichissants.

 

J’ai été particulièrement impressionnée par le déroulement de la cérémonie d’ouverture de la session qui s’est tenue au Conseil de l’Europe. Cette cérémonie formelle et le programme de celle-ci ont été menés par de brillants représentants du Conseil de l’Europe et de l’IIDH. Une autre cérémonie de bienvenue a été organisée par la Ville de Strasbourg au sein de l’Hôtel de Ville en présence de l’adjoint au maire. Ont également été organisées les visites des hauts lieux historiques et institutionnels comme le Conseil de l’Europe, le Parlement Européen ou encore l’ancien camp de concentration de Struthof. Ces excursions participent certainement au rayonnement de l’Institut et permettent de créer une atmosphère de travail. Elles ont un impact sur les participants qui n’ont pas vocation à être de simples spectateurs lors de cette session d’été.

 

La session a ensuite démarré avec une série de conférences portant sur différents problèmes relatifs aux droits des enfants. Je vais ici me permettre de mettre en avant ce qui m’a paru être les points essentiels de la session annuelle d’enseignement :

 

UNE APPROCHE MULTIDISCIPLINAIRE : Alors que le sujet principal était les droits des enfants, le programme de la session d’été a traité un large éventail des sous-thèmes relatifs aux droits des enfants selon différentes perspectives et approches – l’application des lois, les questions liées au ministère public, au domaine judiciaire et aux ONG. Le sujet n’a pas été uniquement abordé de manière juridique mais a également permis d’acquérir une vision philosophique et sociologique couplée aux expériences pratiques des intervenants et des participants.

 

LA DIVERSITÉ DES PARTICIPANTS : La composition des participants et des intervenants, travaillant sur des disciplines différentes et venant de différents pays, a été un formidable tremplin favorisant les interactions, les réflexions et les discussions. Les différences culturelles et sociales ont permis de donner à cette session une perspective globale des tendances actuelles relatives aux droits des enfants. Ce mélange hétérogène des participants a contribué à créer des échanges de grande qualité.

 

MÉTHODOLOGIE : Les conférences étaient dispensées par des experts et des professionnels qui n’avaient pas qu’une connaissance théorique complète du sujet mais également une solide expérience en la matière. Les cours se déroulent de la même manière que des conférences avec peu d’opportunités d’interactions. Alors que cette manière conventionnelle et traditionnelle d’enseigner est un moyen certain de diffusion des informations en raison du grand nombre de participants, il aurait été plus intéressant d’instaurer certains moments réservés aux travaux de groupes et aux discussions. Ceci aurait peut être pallié la monotonie des journées intensives de cours qui épuisent mentalement et physiquement les participants et les intervenants. Cette fatigue étant accentuée par la chaleur exténuante et l’absence de climatisation. Le programme des cours devrait, peut-être, être étalé afin de faciliter les rencontres avec les intervenants en dehors des salles de cours. En tant que participante venant de loin, ces opportunités de discussions et de réflexion avec les experts auraient été indiscutablement pertinentes et utiles.

 

La mise en place de groupes de travail sur différents sujets sélectionnés lors de discussions d’approfondissement aurait été plus appréciable et profitable en lieu et place de conférences couvrant un nombre importants de questions. Ces discussions auraient pu être ajoutées aux cours pédagogiques dispensés. Il convient également de remarquer que ces cours étaient dispensés par des experts qui avaient non seulement des connaissances pointues mais aussi une véritable expérience pratique dans de nombreux pays. Nous avons appris énormément d’eux. J’ai aussi étudié parmi des étudiants venant du monde entier qui avaient des connaissances riches et diverses. La plupart d’entre eux avaient une expérience importante en matière de droits de l’homme, ce qui a conduit à des discussions riches et intéressantes sur des problèmes généraux et sociaux relatifs aux enfants.

 

LOGISTIQUE ET ASSISTANCE. Le personnel administratif de l’Institut a été très aimable, serviable et encourageant. Nous avons admiré leur patience, leur persévérance et leur professionnalisme dans la gestion de ce groupe important de participants. La barrière de la langue ne fut pratiquement pas un souci puisque tout avait été pensé. Les salles de cours n’étaient pas propices à la concentration et à l’apprentissage en raison d’un manque de climatisation et d’une vague de chaleur importante sur l’Europe mais je pense que personne ne peut blâmer l’Institut pour cela.

 

Le lieu d’hébergement au sein de l’Université est également un élément unique de cette session d’été. Cette organisation favorise les interactions de groupe, ce qui fait partie de l’expérience à Strasbourg. Les participants étaient amenés à discuter entre eux en dehors des salles de cours et ceci a permis la rencontre de personnes intervenant dans des domaines différents et venant de différentes parties du monde.

 

Pour conclure, la session annuelle de l’Institut n’a pas seulement été une session de formation sur le droit des enfants ou sur les droits de l’homme, bien que cette mission fût accomplie. Je voulais me trouver dans un environnement de travail qui soit réellement international, divers, dynamique et stimulant. Les participants étaient passionnés par cet enseignement et leur enthousiasme était contagieux.

 

Je termine ce témoignage sur une note positive et pleine d’espoir. J’espère que l’Institut pourra continuer à organiser ces sessions annuelles d’enseignement et à alimenter ce forum inspirant et productif porteur de changements positifs. Cet héritage de René Cassin, poursuivi par l’IIDH, a été pour moi une véritable expérience de vie.