
Discours d’Emmanuel Decaux – Table ronde à la Mission permanente de la France à Genève (19 mars 2026)
À l’occasion du 50ᵉ anniversaire de la disparition de René Cassin, la Mission permanente de la France à Genève a organisé, le 19 mars 2026, une table ronde consacrée à l’universalité et à l’indivisibilité des droits de l’homme. Genève, berceau historique des grandes institutions des droits de l’Homme, a accueilli ce moment d’hommage à l’un des principaux artisans de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme
Invité à ouvrir la réflexion, Emmanuel Decaux, président de la Fondation René Cassin et ancien président du Comité des disparitions forcées, a rappelé, dans un discours intitulé « René Cassin et l’universalité des droits de l’homme : le combat d’une vie », l’empreinte décisive laissée par Cassin dans la construction du droit international contemporain. Il a notamment souligné que l’adjectif « universel », au coeur même de la Déclaration, résultait d’un amendement porté par René Cassin, traduisant une ambition fondamentale : faire des droits de l’homme un patrimoine commun à toute l’humanité.
Cette ambition s’est concrétisée par un engagement collectif remarquable lors de l’adoption de la Déclaration en 1948, sans aucune voix contre. Si ce texte proclamait avant tout un idéal, il a progressivement été consolidé par des instruments juridiquement contraignants, en particulier les deux Pactes internationaux relatifs aux droits civils et politiques, et aux droits économiques, sociaux et culturels, aujourd’hui ratifiés par une quasi-totalité des États.
La pérennité des engagements humanistes
À partir de ce socle commun, le droit international des droits de l’homme s’est enrichi de conventions spécialisées, destinées à mieux protéger les personnes les plus vulnérables et à lutter contre les violations les plus graves. Emmanuel Decaux a notamment évoqué la Convention contre les disparitions forcées de 2006, illustrant cette dynamique d’approfondissement et d’adaptation des normes.
Les coupes budgétaires, ou la disette des Nations Unies
Le développement de mécanismes de suivi et de plainte a également renforcé la justiciabilité des droits, notamment depuis la Conférence mondiale de Vienne de 1993. Toutefois, ces avancées s’accompagnent aujourd’hui de défis importants. L’effectivité des droits demeure une préoccupation centrale, dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires pesant sur les institutions onusiennes, une multiplication des procédures, et un afflux de plaintes difficile à traiter.
À ces enjeux institutionnels s’ajoutent des défis plus contemporains, tels que les manipulations de l’information, qui fragilisent les sociétés démocratiques et, par ricochet, les fondements mêmes des droits de l’homme.
Cette table ronde a été l’occasion de rappeler avec force que commémorer René Cassin ne saurait se limiter à un hommage formel. C’est un appel à poursuivre son engagement, avec lucidité et détermination :
« Aujourd’hui comme hier, honorer la mémoire de René Cassin, c’est être fidèles à sa hauteur de vue et à “son esprit de résistance”, […] il faut monter sur la colline, voir loin et “regarder droit l’avenir”. »
Pour consulter le discours complet de Monsieur Emmanuel Decaux lors de cette cérémonie, nous vous invitons à le retrouver ici [lien qu’il faudra qu’on insère].