
Hommage à Mamadou Badio Camara
HOMMAGE AU PRESIDENT MAMADOU BADIO CAMARA
Communiqué de la Fondation René Cassin
La Fondation René Cassin – Institut international des droits de l’homme a appris avec une profonde tristesse le décès, survenu à Dakar le 10 avril 2025, de Monsieur Mamadou Badio CAMARA, Président du Conseil constitutionnel du Sénégal.
Magistrat d’exception, son engagement constant en faveur de l’État de droit, de l’indépendance de la justice et de la défense des droits fondamentaux a marqué de manière durable la vie institutionnelle du Sénégal. Né en 1952, formé à l’ENAM, après une carrière judiciaire de terrain, il avait été nommé membre de la nouvelle Cour suprême du Sénégal en 2008, d’abord comme secrétaire général – c’est à ce titre qu’il avait organisé la visite du Président Obama au siège de la Cour – puis comme procureur en 2013, enfin comme Premier président à compter de 2015. Nommé membre en 2021 puis président du Conseil constitutionnel, en 2022, il a joué en cette qualité un rôle décisif lors de la crise démocratique traversée par le Sénégal à l’occasion des élections présidentielles de 2024.
Tous ont été frappé par sa dignité et son courage dans ces circonstances historiques. Sa rigueur intellectuelle et son intégrité morale, son éthique de magistrat et son sens de la démocratie ont contribué à faire de la justice le garant de l’Etat de droit. Son rayonnement s’était également affirmé dans les enceintes de la justice francophone, d’abord en lien avec les réseaux des hautes juridictions judiciaires et administratives, nouant des contacts réguliers avec le Conseil d’Etat comme avec la Cour de cassation, puis dans le cadre de l’Association des Cours constitutionnelles francophones (ACCF) dont il était devenu le président. De 2011 à 2015, il avait été élu vice-président du Comité des disparitions forcées des Nations Unies, au moment de l’entrée en vigueur de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, assurant ainsi un rôle pionnier dans la mise en oeuvre du traité et restant très fidèle au comité après la fin de ce premier mandat. Sa gravité naturelle allait de pair avec une profonde simplicité, forçant le respect et l’amitié de tous.
Nous avons eu l’immense honneur de compter Mamadou Badio CAMARA comme intervenant de nos sessions de formation organisées à Dakar, à destination de magistrats, d’avocats et de membres de la Cour suprême du Sénégal centrées sur la justice et l’État de droit. À travers ses échanges avec les participants, il a su éveiller les consciences et incarner les principes qui fondent une magistrature indépendante et exemplaire, dans le droit fil de grandes figures comme celle de Kéba Mbaye. Son parcours exceptionnel, jusqu’aux plus hautes fonctions de l’appareil judiciaire sénégalais, incarne une certaine idée de la justice : impartiale, équitable et profondément humaine. Son héritage intellectuel et institutionnel continuera d’irriguer la réflexion sur la démocratie, l’Etat de droit et les droits de l’homme, au Sénégal et dans l’espace francophone.
La Fondation René Cassin adresse ses plus sincères condoléances à sa famille, à ses proches, à l’ensemble du monde juridique sénégalais ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont eu le privilège de le rencontrer.